Banashankari Amma Vodafone Temple

A quelques kilomètres de Badami, Banashankari dévoile peut-être un des temples les plus avant-gardistes de la dynastie Chalukya. Comme d’habitude dans l’hindouisme il faut s’accrocher un peu pour comprendre qui est qui.

Le temple Amma est dédié à Shakambhari, qui semble être une incarnation de Parvati, elle même épouse de Shiva. Bon, Shiva facile : le chignon, le croissant de lune accroché à la chevelure, le troisième oeil, le cobra… Tout le monde connait aussi son véhicule (on dit vâhana), le taureau Nandi représenté couché avec sa bosse sur le dos et ses testicules bien visibles. Il est aussi symbolisé par le linguam, ce phallus stylisé qu’on voit partout, associé au yoni qui représente l’organe féminin.

Ca se complique un peu avec Parvati la déesse de l’amour et de la fertilité, car je n’ai toujours pas compris qui était la Shakti de Shiva : Durga, Kali ou Parvati ? Et voilà maintenant qu’elle se réincarne en Shakambhari… Là vraiment ça commence à se compliquer.

Mais ce qui est beaucoup plus intéressant, ce sont tous ces panneaux rouges qui annoncent la nouvelle réincarnation de Shakambhari : la « déesse » Vodafone.

 

D’une terrible jalousie la nouvelle déesse promet les foudres à tout adorateur qui viendrait à faire usage d’un appareil électronique. Affichés en caractères majuscules à l’entrée du temple, on peut ainsi lire : « MOBILE PHONE & CAMERA PROHIBITED ». On chuchote aussi que la déesse Vodafone ne veut sous aucun prétexte se retrouver en présence de ses soeurs Bharti Airtel et Reliance. La trinité des dieux indiens du GSM détient pourtant plus de 50% de parts d’un marché très éclaté qui compte, paraît-il, plus de 50 déités.

En séduisant Shiva, Vodafone a secrètement commencé à s’emparer du domaine de Durga, de Kali ou de Parvati. Certains prétendent qu’elle serait même tentée par le monothéisme et conquérir à elle seule le coeur de tous les indiens. Ca s’appelle un abus de position dominante.

Trêve de conte, ce temple Vijadayagara très ancien (construit même sur un site à l’origine dravidien) qui compte des centaines de milliers d’adeptes qui se recueillent ici chaque année est complètement défiguré par les panneaux publicitaires. Vodafone, un des 3 plus gros opérateurs de téléphonie mobile d’Inde, a redécorré le temple à sa sauce, à l’intérieur comme à l’extérieur. Un vrai scandale ou, tout simplement, le signe de la mondialisation d’une société dans laquelle les temples sont au coeur de la vie sociale et donc de la vie marchande. Personne ici, parmi les adorateurs de Shakambhari ne semble se soucier de ces stigmates marketing. Fin de l’histoire de la déesse Vodafone.

 

La bonne nouvelle, c’est que temple sacré et lieu de pèlerinage riment presque toujours avec dharamshala (ou dharamsala). Pour beaucoup, Dharamsala renvoie à la ville du nord de l’Inde qui accueille de nombreux réfugiés tibétains depuis que Nehru a autorisé  le 14è dalai-lama – Tenzin Gyatso – à y installer son gouvernement en exil en 1960.

Toutefois, en hindi « dharma » évoque le religieux – difficile de trouver une traduction fidèle en un seul mot –  et « shala » le sanctuaire : un dharamshala est un hébergement dédié aux pèlerins. Ces infrastructures, souvent sommaires mais parfois assez confortables, sont une solution très pratique pour les voyageurs qui s’aventurent loin des infrastructures touristiques. Bon, Badami ne manque pas d’hôtels et en ce mois de févriers ils étaient bien loin d’afficher complet. Mais trouver un refuge loin de l’agitation et de la pollution de l’inévitable rue principale de Badami était tentant. Et Banashankari ne manque pas de dharamshala pour faire face à son rassemblement annuel « jatre » qui dure 3 semaines chaque année au mois de janvier pour le Ratha-Yatra, littéralement le « voyage du chariot ». C’est l’occasion de voir cet incroyable chariot en bois (Ratha) d’au moins 6 mètres de haut, pesant plusieurs tonnes avec ses  quatre roues en pierre, défiler dans le village tiré à bout de cordes par des hommes.

Pour 150 Rp la nuit (à peine plus de 2 €), le premier bâtiment propose une chambre sans matelas : couchage à l’indienne sur une natte à même le sol. Beaucoup plus cher, un bâtiment plus moderne propose de grandes chambres avec de vrais lits, une salle de bain avec eau chaude, des toilettes séparées et un balcon.

Le bonheur pour 500 Rp (environ 7€) !

 

La vue au pied du balcon n’est pas des plus réjouissantes et compte tenu de l’insonorisation, inexistante, il est préférable d’avoir pour voisins une famille indienne silencieuse… ce qui est rarement le cas. Mais, pour le reste, le dharamshala n’a rien à envier aux meilleurs hôtels de Badami. C’est une immersion totale au coeur du Karnataka avec notamment les offrandes, les bains publics, les excellents petits restaurants. Les familles de pèlerins les moins fortunées font la cuisine dehors et vont se laver directement dans l’eau croupissante du grand bassin.

Enfin, la meilleure surprise que réserve Banashankari, c’est son restaurant : le Sri Laxmi Villas. On y sert notamment au petit déjeuner les meilleurs poori de la région à 25 Rp avec leur accompagnement. Un régal. Plus tard dans la journée, on peut y trouver aussi le meilleur massala dosa dont je me souvienne (crêpe de farine de riz et de lentille, fourrée à la pomme de terre), subtilement parfumé, très légèrement sucré… la crêpe était tellement bonne qu’à chaque fois nous n’avons pu résister au plaisir de prendre un « plain dosa » en complément.

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